On associe souvent les risques professionnels aux accidents visibles. Pourtant, ils se cachent aussi dans des situations banales : gestes répétitifs, produits irritants, stress, isolement en cas de malaise.
Le problème, c’est que ces risques passent facilement inaperçus, alors qu’ils peuvent avoir des conséquences réelles sur la santé et la sécurité au travail.
Dans cet article, vous trouverez une définition claire des risques professionnels, la différence entre danger et risque, des exemples concrets et les bases de l’évaluation, dont le DUERP.
Qu’est-ce qu’un risque professionnel ? La définition
Un risque professionnel peut se définir comme la combinaison de deux éléments :
- Un danger (une source potentielle de dommage) ;
- L’exposition du travailleur à ce danger, du fait de son activité.
De manière très claire : le risque professionnel résulte de l’exposition du travailleur, du fait de son activité professionnelle, à un danger. L’exposition peut être ponctuelle ou prolongée, et les effets sur la santé peuvent être immédiats (accident) ou différés (maladie), avec des causes parfois multiples.
Cette définition est utile parce qu’elle évite un contresens fréquent : le facteur de dommage existe peut-être "dans l’environnement", mais le risque au travail naît quand un travailleur y est exposé dans le cadre du travail.
Danger vs risque professionnel : quelle différence ?
On mélange souvent les deux mots. Pourtant, en prévention, la distinction est centrale.

Le danger
Le danger est une propriété intrinsèque : une machine peut couper, un sol peut glisser, un produit peut brûler, une situation peut déclencher une agression. Le danger existe même si personne n’est exposé à l’instant T.
Le risque en entreprise
Le risque dépend du contexte de travail : présence du salarié, fréquence d’exposition, durée, mode opératoire, protections existantes, formation, organisation.
👉 Exemple simple :
- Une lame très coupante = dangereux ;
- Un opérateur qui l’utilise 6 heures par jour, sans protection adaptée, avec des gestes rapides = risque professionnel élevé.
La situation dangereuse décrit le potentiel de dommage ;
Le risque décrit la probabilité et la gravité possibles pour un salarié exposé.
Quels sont les principaux types de risques professionnels ?
Il n’existe pas une seule typologie unique, mais on retrouve des familles stables utilisées en HSE, en RH et par les organismes de prévention. L’objectif est d’avoir une grille de lecture pratique.
Tableau des risques professionnels
Famille de risques | Exemples concrets | Dommages possibles |
Physiques | chutes, heurts, bruit, vibrations, températures extrêmes | blessures, surdité, troubles circulatoires |
Mécaniques | pièces en mouvement, outils coupants, manutention mécanisée | coupures, écrasement, amputations |
Chimiques | solvants, poussières, fumées, produits corrosifs | irritations, brûlures, intoxications, cancers |
Biologiques | soins, déchets, laboratoire, agroalimentaire | infections, allergies, contaminations |
Ergonomiques | gestes répétitifs, postures contraintes, manutention | lombalgies, tendinites, TMS |
Pshychosociaux | charge, stress, conflits, violences internes/externes | anxiété, épuisement, troubles du sommeil |
Électriques | interventions, armoires, chantiers | électrisation, brûlures, incendie |
Routiers | trajets pro, livraisons, interventions
| accidents, traumatismes |
Travail isolé | maintenance seule, rondes, interventions en horaires décalés | aggravation des conséquences faute de secours rapide |
Cette liste a un intérêt : elle montre que le risque en entreprise ne se limite pas à l’accident. Une maladie professionnelle, une souffrance psychique ou un trouble musculosquelettique font pleinement partie du sujet.
Exemples concrets : à quoi ressemble un risque professionnel ?
🖥️ Dans un bureau
- Écrans + posture statique + répétition = TMS (cou, dos, poignets) ;
- Surcharge + manque d’autonomie = RPS ;
- Open space + interruptions = fatigue cognitive.
📦 En logistique
- Coactivité engins/piétons = heurts, écrasement ;
- Manutention manuelle = lombalgies, TMS ;
- Travail en froid = contraintes physiologiques.
🏗️ En BTP
- Hauteur = chute ;
- Poussières = respiratoire ;
- Bruit = surdité ;
- Coactivité = collisions, heurts.
🏥 Dans la santé
- Exposition biologique ;
- Manutention de personnes = TMS ;
- Agressions verbales/physiques = RPS et violences externes.
Quels effets sur la santé des salariés ?
Les effets possibles sont très variés, ce qui explique pourquoi l’évaluation des expositions doit être globale.
- Effets immédiats : accident du travail (chute, coupure, brûlure, écrasement) ;
- Effets différés : maladies professionnelles (exposition chimique, poussières, bruit, vibrations) ;
- Effets cumulés : TMS, fatigue chronique, usure physique ;
- Effets psychiques : stress, anxiété, épuisement, dégradation de la santé mentale au travail.
Pourquoi la prévention des risques au travail est une obligation
En France, la prévention n’est pas un plus. C’est une obligation structurée par le Code du travail.
L’obligation générale de sécurité de l’employeur
L’article L.4121-1 indique que l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures incluent des actions de prévention, d’information/formation, et une organisation et des moyens adaptés.
Les principes généraux de prévention
La prévention repose aussi sur des principes de bon sens hiérarchisés : éviter les menaces, combattre à la source, adapter le travail à l’homme, etc.
La prévention s’inscrit dans une logique d’organisation du travail, pas seulement dans l’achat d’équipements.
Évaluer les risques en entreprise : pourquoi et comment ?
Pourquoi évaluer ?
Parce qu’on ne peut pas prévenir sérieusement ce qu’on n’a pas identifié. L’évaluation sert à :
- Repérer les menaces réels du terrain ;
- Hiérarchiser (ce qui est critique vs secondaire) ;
- Décider d’actions adaptées ;
- Documenter la démarche (utile en management, en dialogue social, et en cas de contrôle).
Comment évaluer ?
On part des situations de travail concrètes : tâches, lieux, horaires, matériels, coactivité, déplacements, relations avec le public, travail isolé. Ensuite on regarde :
- La gravité possible ;
- La probabilité d’occurrence ;
- La fréquence/durée d’exposition ;
- Les protections existantes (organisation, EPC, EPI, formation).
L’évaluation n’est pas seulement un tableau Excel. Elle s’alimente de retours terrain, d’incidents, de presque-accidents, de remontées CSE/CSSCT, et de la médecine du travail.
DUERP : le document unique, pilier de la démarche
Le DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels) est le support qui formalise l’évaluation des risques dans l’entreprise. Le Code du travail, via l’article R.4121-1, précise que l’employeur doit y transcrire et mettre à jour les résultats de cette évaluation, avec un inventaire des risques identifié par unité de travail.
Les sources institutionnelles vont dans le même sens. Le DUERP est obligatoire dès l’embauche du premier salarié et qu’il consigne les résultats de l’évaluation. Le ministère du Travail décrit la démarche de mise en œuvre et confirme le principe d’un inventaire par unité de travail, en référence à R.4121-1.
L’essentiel, c’est de le voir pour ce qu’il doit être : pas un document pour cocher une case, mais un outil de pilotage concret, qui sert de base à un plan d’action de prévention.
Prévenir : quelles mesures mettre en place ?
On présente souvent la prévention comme une liste d’outils. En réalité, c’est une logique de décision : on choisit des actions proportionnées au danger et à l’exposition, en privilégiant le collectif avant l’individuel.
🏗️ Prévention à la source et protection collective
- Capotage machine, aspiration, garde-corps ;
- Organisation des flux (piétons/engins) ;
- Modification d’un process dangereux.
🗓️ Organisation du travail
- Procédures, permis de travail, planification ;
- Binôme sur tâches critiques ;
- Limitation du travail isolé quand c’est sensible.
🎓 Information et formation
L’article L.4121-1 inclut explicitement les actions d’information et de formation. La formation n’est pas un bonus : elle conditionne l’usage réel des mesures.
🧤 EPI (équipements de protection individuelle)
Ils sont indispensables dans beaucoup de métiers, mais ils ne doivent pas devenir l’unique réponse. C’est particulièrement vrai quand l’exposition est lié à l’organisation (coactivité, cadence, isolement, manque de moyens).
Le cas particulier du travail isolé : un risque aggravant
Le travail isolé n’est pas forcément une menace en soi. Il agit souvent comme un facteur aggravant : une chute ou un malaise devient plus grave si personne ne peut intervenir rapidement.
Dans ce type de situation, la prévention doit intégrer :
- Une organisation des secours réaliste ;
- Des moyens de communication ;
- Parfois un dispositif d’alarme (DATI / PTI) selon l’analyse de la situation.
👉 Le risque naît de l’exposition à un dommage, et l’organisation du travail peut rendre cette exposition plus ou moins critique.
Conclusion
Un risque professionnel, c’est une situation où un travailleur est exposé, du fait de son travail, à une menace susceptible d’entraîner un dommage, immédiat ou différé. Comprendre cette notion, distinguer danger et risque, puis évaluer concrètement les situations de travail permet de structurer une prévention efficace et conforme, notamment via le DUERP.
Et lorsque l’enjeu principal devient le délai d’intervention en cas d’incident, notamment en travail isolé, la prévention doit intégrer une organisation des secours fiable et, si nécessaire, un dispositif PTI/DATI. Pour aller plus loin, nous proposons des solutions DATI/PTI adaptées pour renforcer la protection des travailleurs isolés.
Risques professionnels : définition, exemples et prévention